Le breton, une langue en danger!

Pour les bretons, la langue bretonne est notre fierté et fait partie de notre identité culturelle. Mon grand-père parlait le breton, mais seulement lorsqu’il était en famille (une famille de goesmonier). Interdiction pour lui et sa fratrie de prononcer un seul mot en breton à l’école! Moi-même j’ai souhaité garder mes racines familiales en essayant d’apprendre le breton au collège durant deux années… J’ai vite abandonné car la langue bretonne est une langue qui se vit et qui est très difficile à apprendre dans les livres… Je connais quelques mots comme la plupart des bretons: bihan (petit), pen (tête), mor (mer), kenavo (au revoir), degermer mat (bienvenue), bro (pays), Yec’hed mat (à la tienne), gwenn ha du (blanc et noir)… mais je regrette de ne pas parler brezhoneg aujourd’hui. Quand on regarde d’un peu plus près les chiffres, le breton est bien une langue vivante mais en danger de mort… 

Le français, la langue officielle, est celle aussi des bretons!

Depuis le XVIe siècle, le français est au coeur de l’uniformisation (et de sa centralisation par la même occasion) du pays, de son identité et demeure la langue officielle et administrative. La francophonie, de mon point de vue n’a d’ailleurs plus le rayonnement qu’elle devrait avoir à travers le monde et a été mise de côté largement par le Ministère de la Culture, tout comme le livre et la lecture (mais c’est un autre débat).

Je ne vais pas revenir sur le rattachement de la Bretagne au royaume de France que j’aborde dans mon article Nantes est-elle en Bretagne?, mais je vais juste aborder la fameuse ordonnance de Villers-Cotterêt en 1539 d’où part le combat pour la sauvegarde des langues régionales. Toujours en vigueur en France, l’ordonnance promeut le français comme la seule langue nationale dans un but de rassembler tous les français, de faciliter les échanges et les actes administratifs et juridiques à l’intérieur du pays au détriment du latin et des langues régionales. L’usage du français était déjà très répandu dès le XIIIe siècle et l’ordonnance n’a fait que l’officialiser. L’ouvrage « Défense et illustration de la langue française » de Joachim du Bellay et les auteurs du Siècle des Lumières ont fait du français la langue noble par excellence.

La langue de Molière est une langue difficile, exigeante, tellement, que les français ont bien dû mal à parler d’autres langues… Bretonne, je défends le français et je regrette le manque d’investissement pour la valoriser à l’échelle internationale. La Constitution française de 1958, déclare que « la langue de la République est le français » et la loi de 1994 déclare que la langue française est la langue des services publics. OUI le français est la langue des bretons, mais nous avons aussi le breton et le gallo (j’aborderai que le breton dans cet article) comme langues régionales qu’il ne faut pas oublier!

« Le bas-breton »

Bien que la langue bretonne a pu résister sous l’Ancien Régime du fait de ses privilèges négociés sous Anne de Bretagne, le breton a été fortement dénigré et a été jugé comme la langue des pauvres, des paysans et des ignorants depuis la Révolution jusqu’à la Seconde guerre mondiale. Le « bas-breton », n’ayant aucune reconnaissance officielle, est exclu des écoles au XIXe siècle lors de la création du système éducatif français. Certes, le breton est parlé dans la sphère privée et au sein des entreprises familiales, surtout à l’ouest de la ligne Plouha-Port Navalo jusque dans les années 1950.

L’exode rural, le brassage des populations, l’apparition des collèges publics dans les petites communes, le développement des voies de communication et des médias nationaux vont faire du breton, une langue dénigrée par les bretons eux-mêmes, qui la considéreront alors comme un frein dans l’ascension sociale de leurs enfants.

L’administration, le « chaperon » du breton

Fait étonnant, c’est l’administration qui va permettre aux langues régionales comme le breton, le basque, le catalan et l’alsacien d’être préservées en autorisant leur enseignement en 1951. La Skol Saint-Erwan (catholique), est la première école à enseigner entièrement les matières en breton. En 1977, les fameuses écoles Diwan (laïques et sous contrat avec l’état) apparaissent et accueillent aujourd’hui plus de 3600 élèves en Bretagne, en Loire-Atlantique et à Paris de la maternelle jusqu’au baccalauréat.

Les lois sur la décentralisation de 1982 inciteront les politiques et les collectivités françaises à préserver les identités régionales. La Région Bretagne prendra conscience de l’intérêt du breton comme élément majeur de sa culture sous l’impulsion, notamment de Jean-Yves le Drian. Depuis 1999, l’établissement public l’Ofis ar Brezhoneg (l’Office de la Langue Bretonne), est en charge de la sauvegarde linguistique du breton et possède son pôle de recherche et de développement. En 2008, la Constitution reconnaît que les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France. Cependant, comme le précise l’UNESCO, le breton est en danger.

Le breton en danger

En 1886, 1,2 millions de personnes parlaient le breton, en 2007 ils sont 200 000 bretonnants (personnes de 15 ans et plus sans compter les élèves des écoles diwan et catholiques). La majorité habitent en Basse-Bretagne. Les chiffres ont tendance a encore baissé depuis 20 ans au regard de l’âge avancé des bretonnants (ou brittophones). Pourtant les collectivités territoriales multiplient les efforts pour communiquer sur la langue et pour développer une signalétique bilingue sur les routes et dans les communes essentiellement dans le Morbihan, dans les Côtes-d’Armor et dans le Finistère. Brest, Guimgamp, Lorient, Pluguffan, Quimper ou Spézet sont d’ailleurs les villes les plus actives dans ce domaine.

Les écoles Diwan voient leur fréquentation augmentée mais la perte de la transmission familliale et les rares occasions de pratiquer la langue montre hélàs que la langue est en déclin. Les émissions télévisuelles et radiophoniques produites par France 3 Ouest, TV Rennes, Tébéo et France Bleu Breizh Izel et la création de webradio et de webtv restent insuffisantes pour populariser et sauvegarder le breton.

Comme je le dis très souvent, le Bretagne ne s’est jamais bien aussi exportée depuis 2-3 ans, preuve en est, avec la marque Armor-Lux en ce moment et la publication d’Harry Potter en breton qui fait un réel buzz… La langue est aussi le symbole de notre identité, c’est indéniable. C’est à nous de la préserver et de l’utiliser à bon escient à l’occasion de divers événements culturels et commerciaux! Je ne parle pas breton mais j’essaie d’apprendre quelques mots par-ci par-là et de les faire partager auprès de mes proches…

Faut-il parler breton pour être breton? NON évidemment, mais le défendre OUI très certainement!

Polémique: certains politiques (comme Jean-Luc Mélenchon qui conteste les écoles Diwan) sont convaincus que la pratique du breton, et sa défense est avant tout une volonté politique de faire de la Bretagne un pays indépendant, je leur réponds tout simplement qu’elle appartient au patrimoine français. Les républicains purs et durs prônent aussi le retrait des panneaux en langues régionales, je suis contre puisque cela va à l’encontre de la promotion de notre culture et de notre patrimoine sans pour autant dénigrer le français, notre langue nationale. Et vous qu’en pensez-vous de ces positions? Pratiquez-vous le breton? 

A savoir:

C’est Dan ar Braz qui représenta la France au concours de l’Eurovision en 1996 où il chanta « Diwanit Bugale ». Alors considéré comme l’un des meilleurs guitaristes au monde, il propose une musique décevante et trop lente pour un tel « concours ». Mais elle était chantée en breton… 

Mélusine à Paris

Une bretonne à Paris

3 commentaires

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  3. Je soutiens les actions en faveur de la défense de la langue bretonne. C’est ma langue maternelle. Mes parents (de la région d’Huelgoat) parlaient le breton entre eux. Je le parle à peu près correctement pour l’avoir appris au berceau et avoir toujours eu plaisir à le pratiquer malgré les injonctions dévalorisantes qui l’entouraient.
    Je ne l’ai pas enseignée à mon fils (28 ans) car c’est un Parisien et il n’est pas en lien avec des Bretonnants (si peu nombreux désormais). Une langue doit vivre de façon naturelle. Je suis triste de voir et de savoir que le breton disparaîtra après nous – la génération des années 1950 – qui avons eu la chance de l’apprendre sans le savoir, en même temps que le français, dans nos villages. C’est une langue riche, métaphorique et qui est indissociable de ma vie et de ma facilité d’apprentissage d’autres langues (allemand, anglais, espagnol).
    Plusieurs déclaration, loi, décret, propos… au fil des siècles et des décennies ont participé à la mort progressive de cette langue, qui a pourtant compté dans l’histoire des humains vivant à l’ouest de la France. À l’heure où l’on revendique le quetchua et de nombreuses autres langues, le breton a sa place.

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