Exclusif. Le compte Twitter des Bonnets Rouges : « Nous n’approuvons pas du tout ceux qui brûlent des portiques »

Né en Bretagne contre la suppression d’emplois et l’application de l’Écotaxe, le mouvement des bonnets rouges tend à devenir national. En relayant sur la toile leurs revendications depuis plus d’un mois, le compte twitter @BonnetsRouges est devenu particulièrement influent avec plus de 7000 followers au compteur. 

 

Qui se cache réellement derrière votre compte Twitter @BonnetsRouges ? Est-ce le compte officiel du mouvement breton ?

Le réseau @BonnetsRouges sur internet est un collectif qui s’est constitué spontanément sur internet quand a démarré la contestation bretonne à Pont-de-Buis, mais qui a d’emblée élargi la problématique de l’écotaxe à celle de la taxe, ou plus exactement à l’excès de taxe. Nous ne sommes donc pas le collectif breton Vivre, Travailler, Décider en Bretagne*, qui se concentre pour sa part sur la problématique bretonne. Plus personnellement, nous sommes deux à animer le compte Twitter principal @BonnetsRouges et la page Facebook associée. Nous donnons de la visibilité à ce qui se passe partout en France, nous servons de catalyseur et de relais entre les différents acteurs, aussi. L’un de nous est breton, l’autre non. Nous conservons l’anonymat par refus de toute starification, et pour ne pas interférer avec notre vie professionnelle et personnelle.

Quel est le mouvement des bonnets rouges ? Quelles sont ses revendications ?

Dans toute la France, ceux qui s’emparent aujourd’hui du symbole du bonnet rouge le font autour de cette notion de ras-le-bol fiscal, avec parfois des revendications catégorielles ou spécifiques. Nous les relayons volontiers, mais nous restons sur un mot d’ordre fédérateur et accessible à tous : mettre un coup d’arrêt à la folle spirale des prélèvements en France. Nous sommes aujourd’hui au record de prélèvements et au record de chômage, il y a peut-être d’autres pistes à explorer pour sortir de la crise que d’augmenter encore les impôts. Que les hommes politiques tiennent leurs promesses ! Au moins celle-là.

Afin de soutenir le mouvement vous êtes présents sur les réseaux sociaux mais l’êtes-vous également lors des manifestations ?

Oui, bien sûr, le réseau des Bonnets Rouges n’est pas constitué de gens qui restent dans leur salon, mais qui font partie de la foule de ceux qui souffrent de la crise économique et sociale, et nous manifestons régulièrement quand un mouvement se déroule proche de nous.

Que répondez-vous à ceux qui apparentent le mouvement des bonnets rouges au Front national ou aux partis indépendantistes ?

Notre ligne transpartisane nous conduit à recevoir le soutien souvent intéressé de nombreuses personnalités politiques, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, en passant par des centristes, mais aussi de droite ou de gauche. Nous n’avons aucun lien avec l’extrême-droite ou des mouvements identitaires. Mais ils représentent environ 20% de la population, il est donc logique d’en retrouver parmi ceux qui nous soutiennent. Il ne nous appartient pas de juger de ces soutiens, tous sont bienvenus s’ils approuvent notre unique revendication qui est celle d’un moratoire fiscal. Le montant des prélèvements ne doit pas dépasser ce qu’il a atteint aujourd’hui, il faut faire de la politique autrement qu’en augmentant encore les impôts, taxes, et autres prélèvements obligatoires. Mais nous n’apportons notre soutien à personne, et nous ne prenons position sur aucun autre débat annexe : Europe, euro, libéralisme, productivisme, mariage homo, autonomisme, indépendantisme, etc. Nous refusons ces débats clivants, nous sommes un mouvement citoyen qui réclamons notre dû : la « pause fiscale » promise, et qui ne doit pas être temporaire d’ailleurs, mais définitive.

Quelle est votre position face aux destructions des radars et des portiques, ainsi qu’aux sifflements contre le Président Hollande lors des cérémonies du 11 novembre ?

Après le caractère transpartisan de notre revendication, notre deuxième exigence est la non-violence. Nous condamnons les violences par principe, et nous constatons par ailleurs qu’elles nuisent à l’image du mouvement des Bonnets Rouges. Nous n’approuvons pas du tout ceux qui brûlent des portiques. Brûler des radars est encore pire : ils sanctionnent des excès de vitesse, et ne sont pas une taxe mais une amende pour un comportement potentiellement dangereux pour les autres usagers de la route. Concernant les sifflets sur les Champs Elysées, plusieurs précisions sont importantes :

– nous étions présents le 11 novembre sur les Champs Elysées, mais d’autres groupes aussi, dont certains ont pu se munir de bonnets rouges, et déclarer en guise de revendications des choses qui n’ont rien à voir avec nous. Nous nous désolidarisons évidemment de leurs propos.

– aucun sifflet n’a retenti durant la cérémonie du 11 novembre. L’hommage aux morts a été évidemment respecté, ainsi que la Marseillaise. Les sifflets qui ont retenti se sont fait entendre après la cérémonie, quand la voiture du président Hollande redescendait les Champs Elysées. Ils lui étaient évidemment destinés, et ce n’est pas la premier fois dans notre Histoire que des messages sont envoyés au pouvoir à l’occasion du 11 novembre.

– nous avons vu des images de Bonnets Rouges arrêtés pour des raisons que nous ignorons, arrestations qui ont pu donner lieu à des affrontements entre des personnes portant des bonnets et la police. Nous avons dit et rappelé au sein de notre collectif qu’il ne fallait pas opposer de résistance en cas de contrôle d’identité ou d’arrestations. Nous soupçonnons que les individus les plus vindicatifs faisaient partie des mouvements évoqués plus haut. Nous déplorons par ailleurs que des ordres d’arrestation aient été donnés alors que rien d’illégal n’avait été commis : quand la cote de popularité d’un président tombe à 15%, il ne faut pas s’étonner d’entendre des sifflets à son passage, qu’ils viennent de Bonnets Rouges, ou non. Aux dernières nouvelles, le bonnet rouge n’est pas (encore) interdit en France.

Plusieurs comptes Twitter se sont créés dans d’autres départements français (comme bonnetsrouges75). Une révolte nationale est-elle en marche ?

Spontanément, des Bonnets Rouges de nombreux départements nous ont contacté, et créé des relais locaux. Nous avons réussi à entrer en contact quasiment avec tous, afin notamment de respecter absolument la ligne transpartisane et le refus de la violence. Chacun permet de faire remonter au mieux ce qui se passe dans son département.

Quelles sont les actions prochaines des bonnets rouges ? Est-ce que seule la suppression de l’Écotaxe pourrait arrêter le mouvement ?

L’écotaxe a été la goutte d’eau en Bretagne, mais partout en France la société toute entière porte le même message. L’écotaxe doit être soit supprimée, soit complètement remise à plat. Pourquoi aller installer des portiques en Bretagne, si on ne veut pas taxer l’économie locale ? Et après les camions, les utilitaires ? Les véhicules polluants ? Puis tous les véhicules ? N’y a-t-il pas une autre façon de sensibiliser aux enjeux écologiques qu’en taxant et en taxant encore ? L’écologie punitive est contre-productive. En France, le ras-le-bol fiscal est général. Les célibataires, les salariés, les familles, les retraités, les actifs, les entreprises : il n’est pas un seul segment de la société qui soit épargné, tous se voient pressurés chaque mois davantage. Ce n’est pas un horizon d’espérance pour la France, mais la certitude que demain sera encore plus dur. Ça ne peut plus durer. Le mouvement peut prendre une ampleur sans précédent. Nous sommes pacifiques et non-violents, mais déterminés. De nombreuses manifestations sont annoncées. En particulier le 30 novembre prochain, devant les préfectures de toute la France.

Propos recueillis le 14 novembre 2013 par @Melusineaparis

Mélusine à Paris

Une bretonne à Paris

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