Origines et usages des noms de famille bretons

Lorsque l’on s’expatrie hors de notre Bretagne, il est très courant que seule l’évocation de notre patronyme nous colle automatiquement l’étiquette Made in Bretagne sur le front. Les connaisseurs sauront d’ailleurs de quel pays breton êtes-vous originaire précisément. Avec un nom comme Prigent, il n’est pas rare que l’on me dise : « Ah voilà quelqu’un du Finistère ». La Bretagne est d’ailleurs peut-être avec l’Alsace l’une des régions où les noms de famille sont identitaires et donc très reconnaissables. Petit récapitulatif de l’origine et de l’usage des noms de famille bretons.

L’origine des noms bretons

En France, l’apparition du Code civil de Napoléon a statué administrativement les noms des personnes avec la prédominance du nom paternel et celui de l’époux. Au Moyen-âge, en Bretagne, il n’était pas rare que l’on nomme les personnes selon la tradition celte ressemblant un peu au système arabe ou russe. Le prénom de la personne était associé au prénom du père avec les expressions Mac chez les gaéliques et Mab ou Ab chez les brittoniques qui signifient « fils de ». Exemple chez les gaéliques : si le prénom de l’enfant était Fochmarc et le prénom du père Gus. L’enfant était donc nommé Fochmarc Mac Gus, Mac Gus étant son patronyme. Exemple chez les bretons : si le prénom de l’enfant était Fanch (François en breton) et le prénom du père était Gael. L’enfant était donc nommé Fanch Abgael.

noms de famille bretons

Carte postale ancienne – Noces à Quimper

De par ces origines celtes, on retrouve donc beaucoup de noms de famille bretons commençant par Ab ou Mab.  A savoir le ar breton correspond à la particule française le ; de plus certains suffixes sont propres à la Bretagne et permet de repérer les noms made in breizh comme -ec, -ic, -ou, -an, -en, -egan, -egen, -ès, -ez.

Concernant l’origine des noms bretons, on peut les répertorier en 4 catégories :

- les noms de lieux, d’habitations, de lieux-dits, de paroisses. Il s’agit essentiellement des noms commençant par Ker : hameau, Ti : maison, Plou : paroisse, Koad : bois ou Treb : petite église.

- les noms liés à une particularité physique comme Ar Bihan : Le petit, Treut : maigre, Moal : chauve ou Korr : nain (d’où les petits lutins que l’on appelle les korrigans par ailleurs !) …

- les noms liés aux métiers exercés comme Bener : tailleur, Mevel : valet, Kalvez : charpentier, Guyader : tisserand, Goff : forgeron …

- les noms liés à des animaux comme Kefeleg : bécasse, Louarn : renard ou Bleiz : loup …

D’autres noms sont aussi composés de mots bretons et celtes associés comme Tanguy (le feu et le chien) ou Guivarch (digne d’avoir un cheval).

noms de famille bretons

Acte de mariage Pontivy 1844

Le bon usage traditionnel breton des patronymes

Jusqu’au milieu du XXe siècle,  un Yves Kervella fils de Louis Kervella et de Marie Kervella pouvait être appelé par son entourage par son prénom en breton soit Erwan et il n’était pas rare que le prénom de son père en breton (ici Louis est Loïc en Breton) ou celui de sa mère y soit aussi associé. Administrativement notre Yves Kervella du début  pouvait donc être appelé couramment Erwan Loïc ou Erwan Marie. Même chose pour les filles, une Madalen Le Bihan, fille de Pol Le Bihan et d’Elena Le Bihan pouvait être appelée Madalen Pol ou Madalen Elena.  Notre Yves Kervella et notre Madalen Le Bihan pouvait donc être appelés Erwann Loïc Kervella et Madalen Pol ar Bihan. Vous me suivez toujours ? ;-)

Il était aussi possible que l’on substitue le nom de famille au lieu d’habitation de l’individu. Si Yves Kervella habitait au lieu-dit du Kerlosket, on pouvait l’appeler Erwan Kerlosket. Si Madalen Le Bihan habitait au Raglan à Plouguerneau, on pouvait l’appeler Madalen Raglan.

Autre particularité, l’épouse ne portait jamais le nom de son mari même si celui-ci était bien enregistré à l’Etat-civil. Notre Madalen Pol ar Bihan ne changeait pas de nom même si elle était mariée à notre Erwan Loïc Kervella. Madalen Le Bihan était donc Madalen Kervella uniquement pour l’administration.

En conclusion une seule et même personne pouvait s’appeler de plusieurs manières, d’où la difficulté de pouvoir retrouver à l’Etat-civil la vraie identité de certains individus qui n’étaient jamais appelés ni connus par leurs prénoms et leurs noms officiels. Mais attention à l’école laïque, il fallait éviter tout usage du breton durant la IIIe République. Les élèves devaient s’appeler par leurs prénoms civils …

noms de famille bretons

Mariage à Poneour Lanvern en 1938

Avec la ferveur autour de la Bretagne et de la langue bretonne qui demeure aujourd’hui (et qu’il faut préserver) il n’est pas rare que les bretons signent en « nom breton ». Les François se font appeler Fanch, les Louis : Loïc, les Jean : Yann …

Alors chers amis prêts à reformuler vos signatures de mails en breton ?

Si vous souhaitez progresser en breton, je vous propose ce petit répertoire de 30 mots bretons à connaître ! 

Mélusine à Paris

Une bretonne à Paris

8 commentaires

  1. Pingback :Origines et usages des noms de famille bretons ...

  2. Jimbo GénéalogieNo Gravatar

    Je ne peux qu’abonder à ce message. Quand on me demande mes origines, il me suffit de répondre que le nom de jeune fille de ma mère est LE BINIGUER pour que je sois localisé immédiatement.

    • Mélusine à ParisNo Gravatar

      Je ne suis pas bretonnante (même si je connais quelques mots et que j’essaie de m’y mettre chaque semaine) mais Le Biniguer j’imagine que cela fait référence à la commune de Binic dans les Côtes d’Armor non ? Merci de votre visite !

  3. Et les années 80 nous ont fait croire que Loïc était Louis en breton, ce qu’il n’est point :-)
    C’est Loeiz.

  4. Intéressant, mais je n’ai vu aucun de mes ancêtres signer (rémontés en 1600 pour la plupart) leur prénom et leur nom dans la langue bretonne, pourtant ils sont bretonnants, du moins ceux que j’ai connus. Ma grand-mère maternelle a toujours dit qu’il était interdit de le faire aussi bien à la mairie qu’à l’église.
    Mon nom est finistérien et seuls les bretons étaient (je ne vis plus en France) capables de localiser mon nom.

    Hervé

    • Mélusine à ParisNo Gravatar

      Dans mon article je parle plus de tradition orale dans la nomination des personnes. Oui le breton était considérée comme la langue des ploucs par la IIIe République et apprendre le français figurait comme une porte de sortie pour réussir et sortir du monde paysan … Aujourd’hui de grands patrons ou des élus politiques parlent le breton comme quoi … Merci de votre visite !

  5. oh intéressant cet article! faudrait que je le relise en bretagne cet été!!!!
    bise

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