Mon arrière grand-père était goémonier…

Les fêtes de fin d’année c’est souvent l’occasion de se retrouver en famille et de parler avec ses parents et ses grands-parents du bon vieux temps. Même si on finit par se lasser des éternels « C’était mieux avant » « Aujourd’hui tout va trop vite » je ne me lasse pas d’entendre ma grand-mère relater son enfance pendant la guerre à Rennes et celle de mon grand-père, aujourd’hui disparu, fils de goémonier à Plouguerneau… Mais en quoi consistait ce métier typique du pays pagan? Le varech, le goémon, l’estran et des scoubidous…

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Vue sur le phare de l’île vierge au large de Plouguerneau. Là où jadis mon arrière-grand père récoltait le goémon en famille.

Le goémonier est celui qui récolte le goémon, appelé aussi le varech qui se compose aussi bien d’algues brunes, rouges ou vertes. Le métier a largement évolué depuis le XIXe siècle et se fait essentiellement en Bretagne du fait de ses riches « gisements » en algues et plus particulièrement sur les côtes du Finistère nord. Un métier mécanisé aujourd’hui qui tend a disparaître malgré une demande exponentielle du monde agricole, des entreprises agroalimentaires et du secteur de la cosmétique. Au XIXe siècle, les algues étaient essentiellement utilisées comme engrais naturel pour les cultures. Les algues sont toujours utilisées comme engrais agricoles mais aussi comme gélatine alimentaire.

Au XIXe siècle et jusque dans les années 1970, la récolte se faisait souvent en famille à pied sur l’estran (la partie du littoral couvert ou découvert par les marées) ou sur un bateau, appelé lui aussi le goémonier en eaux profondes à proximité de la côte. La récolte se faisait également sur les rochers et à l’aide de chevaux, de charrettes et de faux. Le goémon devait être ensuite séché sur les grèves et être préservé de la pluie – l’eau ôtant la teneur en iode du goémon.

Avec des piffons, le goémon était ensuite brûlé dans des fossés tapissés de pierres et creusés dans les dunes. Transformés en pains et mis en sacs, ils étaient vendus auprès des usines selon leur poids et leur teneur en iode. La récolte pouvait se faire entre janvier et mai. Les goémoniers travaillaient alors dans les champs le reste de l’année et utilisaient leur propre goémon brûlé comme engrais. A partir des années 60, le fameux scoubidou fait son apparition et va grandement amélioré le travail de ces marins paysans. Apparaît aussi les bras articulés se terminant par un crochet qui va révolutionner le métier et faciliter la tâche des goémoniers sur les bateaux.

Aussi bien occupé par des hommes que par des femmes, le métier de goémonier était rude, du fait des conditions météorologiques, des marées et de la houle souvent meurtrières, des fumées émises lors du brûlage… Les outils très rudimentaires demandaient aux goémoniers d’avoir une grande force physique pour hisser les algues sur les charrettes.

Si vous voulez en savoir plus je vous invite à vous rendre à l’écomusée de Plouguerneau rendant hommage à tous ces hommes et ces femmes qui ont vécu de ce métier sur les côtes du Finistère et sur les îles comme Molène. J’ai appris récemment aussi que mon arrière grand-père et mon grand-père apparaissent dans un film tourné en 1950 à Plouguerneau :  » Dieu a besoin des hommes  » de Jean Delannoy d’après le roman d’Henry Quefellec : « Le recteur de l’île de Sein ». La production avait fait alors appel aux goémoniers de la région pour faire office de figurants. Il faut absolument que je réussisse à me procurer ce film où je pourrais peut-être y voir cet arrière grand-père décédé en 1979 à l’âge de 82 ans!

Voulant en savoir plus je suis tombé par hasard sur une généaologie en ligne faite par des cousins éloignés où j’y ai retrouvé mes aïeux tous cultivateurs et goémoniers à Plouguerneau. Un moment particulièrement émouvant lorsque je l’ai montré à mon père et à ma grand-mère…

Mélusine à Paris

Une bretonne à Paris

6 commentaires

  1. Pour ce qui se trouvent à Plouguerneau au mois d’Août, vous pouvez également assister à « la fête des goémoniers ».

    http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Plouguerneau.-La-fete-des-goemoniers-ce-dimanche_40779-2220990——29019-aud_actu.Htm

    • Etes-vous allé à cette manifestation cette année ? Merci pour ce rappel. « Effectivement la 1ère fête des goémoniers a eu lieu en août 1983. Depuis, chaque année, les bénévoles de l’association Karreg Hir se rassemblent sur les dunes de Penn Enez et dans la grève pour revivre le temps d’une après-midi le métier de goémonier des années 1930-1950. » Voir le site internet de l’Ecomusée de Plouguerneau.

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