Le phare de la Jument, « l’enfer » de Ouessant

Réputée pour être la plus dangereuse d’Europe, la mer d’Iroise comprise entre l’île de Sein et Ouessant est redoutée par les marins du fait de ses courants particulièrement forts et de ses récifs. Pas plus tard que ce week-end des rafales de vent à 133 km/h ont été enregistrées suite au passage de la tempête Christophe. Le phare de la Jument guide depuis plus d’un siècle les marins qui s’y risquent. Je vous livre ici les secrets de la construction d’un des phares les plus connus et photographiés au monde.

Suite à une succession de naufrages à la fin du XIXe siècle dont celui du steamer anglais, le Drummond Castle qui heurta la roche des Pierres vertes à l’ouest de Molène dans le terrible passage du Fromveur (courant marin) dans la nuit du 16 au 17 juin 1896; le Ministère des Travaux publics prend la décision de construire un phare sur le récif d’Ar-Gazec (la jument en breton) en 1904.

Sa construction n’aurait pu se faire sans le leg de Charles-Eugène Potron, membre de la Société de Géographie de Paris au Service des Phares et Balises. Sensible à la sécurité et à la signalisation en mer et marqué par un incident au large de Ouessant (le navire sur lequel il avait embarqué s’est perdu dans le brouillard), il donnera 400 000 francs à celui-ci par voie testamentaire (soit la moitié du coût de l’ensemble des travaux) pour doter la mer d’Iroise d’un phare aussi majestueux que celui d’Ar-Men, situé au large de l’île de Sein, surnommé à juste titre « l’enfer des enfers ».

ouessant

En effet, les gardiens de phares avaient pour coutume de répartir les phares par catégorie: les phares construits sur le continent étaient appelés les « paradis », ceux qui étaient sur les îles, « les purgatoires » et ceux de pleine mer comme Ar-Men ou la Jument, « les enfers ». Les jeunes gardiens commençaient généralement par « les enfers » pour finir leur carrière aux « paradis ».

Après des travaux longs et périlleux, le phare de la Jument allume son feu en octobre 1911. Plusieurs travaux d’aménagements, de consolidations et de restaurations auront lieu du fait de la violence des tempêtes. On profitera de la guerre sous-marine en 1917 pour éteindre le feu du phare durant 11 mois, pour renforcer la base de la structure. Dans les années 1930, on haubane l’édifice par trois câbles métalliques d’une trentaine de mètres de long.

Il fut automatisé en juillet 1991 et télécommandé depuis Créac’h, mettant fin aux relèves acrobatiques des gardiens de phares qui s’y relayaient depuis 80 ans, tous les 15 jours au mieux, lorsque la mer et la météo le permettaient. La Jument mesure 47,4 mètres au dessus du sol et 41,25 mètres au dessus des hautes mers. Le phare se signale par ses 3 éclats rouges toutes les 15 secondes et par sa sirène de brume.

Tous les « enfers » du littoral français sont aujourd’hui automatisés et le métier de gardien de phare tend à disparaître.

A voir ci-dessous un film de 1978 montrant la relève entre les gardiens.

Le très beau film de Philippe Lioret L’Equipier, réalisé en 2004, rend justement hommage au rude travail des gardiens de phares soumis aux tempêtes et à l’isolement. Les scènes de relève et de tempête ont d’ailleurs  été filmées au pied de la Jument.

On a tous un phare préféré, le mien est celui de l’île Vierge qui fait parti de mes 10 spots bretons ! Et le vôtre ?

Mélusine à Paris

Une bretonne à Paris

2 commentaires

  1. jolis article et photyos! je en connaissais pas cette histoire des phares (de l’enfer au paradis…)
    xxo

  2. Pingback :Mélusine @ Paris | Les lieux bretons de tournages de films #2

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